L’or en temps de guerre : quand la valeur refuge perd ses repères.

Pendant des décennies, l’or a été la valeur refuge par excellence. La guerre en Iran vient bousculer ce schéma bien établi. Décryptage d’un paradoxe qui en dit long sur la complexité des marchés.

Historiquement, l’or bénéficie des périodes d’incertitude. Sa rareté, son indépendance vis-à-vis des politiques monétaires en font un actif perçu comme sécurisant. Pourtant, depuis le déclenchement du conflit en Iran, la réalité des marchés est toute autre : après une hausse initiale encourageante, le prix de l’once a rapidement corrigé, avec des baisses pouvant atteindre 20 à 25 %.

Ce phénomène, en apparence contradictoire, s’explique en réalité par plusieurs mécanismes économiques qui méritent d’être compris avant de prendre toute décision d’investissement.

5 600 $ Record historique début 2026 -20 à -25 % Recul depuis le conflit contre toute attente

Un paradoxe qui s’explique

La première explication tient au besoin de liquidités immédiates. En période de crise aiguë, les investisseurs cherchent avant tout à sécuriser du cash. Cela signifie qu’ils vendent des actifs liquides, y compris l’or. Ce comportement est d’autant plus marqué lorsque les marchés financiers chutent et que des pertes doivent être compensées rapidement. Le paradoxe est saisissant : dans une crise brutale, l’or peut être vendu précisément parce qu’il est facilement vendable. Sa liquidité, qui est l’une de ses qualités, devient temporairement son talon d’Achille.

Vient ensuite l’environnement monétaire. Lorsque les taux d’intérêt augmentent, les actifs qui ne génèrent pas de rendement, comme l’or, deviennent mécaniquement moins attractifs. Un dollar fort renchérit par ailleurs le prix de l’once pour les investisseurs internationaux, freinant la demande. Les capitaux se dirigent alors davantage vers les obligations ou les liquidités, au détriment du métal précieux. C’est précisément ce qu’il s’est produit depuis le début du conflit, avec une remontée notable des taux obligataires américains.

Il faut également comprendre la temporalité propre aux marchés. Les investisseurs n’achètent pas les mêmes actifs selon qu’ils craignent l’avenir ou le présent. Face à des tensions immédiates comme la flambée du pétrole, les incertitudes économiques ou la pression inflationniste, les marchés privilégient des actifs plus liquides et rémunérateurs. L’or, lui, est structurellement un actif de long terme. Ce décalage entre sa nature profonde et les besoins immédiats des investisseurs en crise explique une grande partie du paradoxe observé.

Enfin, il ne faut pas oublier le contexte dans lequel le conflit a éclaté. L’or sortait d’une période de hausse exceptionnelle, avec des records historiques atteints début 2026. La guerre a donc aussi servi de déclencheur à des prises de bénéfices massives. Les investisseurs ont vendu pour sécuriser leurs gains, accentuant mécaniquement la baisse.

L’or reste-t-il une valeur refuge ?

Oui, mais avec nuance. À long terme, l’or conserve son rôle de protection contre l’inflation, la dépréciation monétaire et les crises systémiques. Son déficit structurel entre offre et demande, avec une demande mondiale de 5 500 tonnes par an pour une production minière de 4 500 tonnes, plaide pour une appréciation durable sur le long terme.

En revanche, à court terme, son comportement peut être contre-intuitif. Les marchés financiers sont complexes, et les réactions des investisseurs dépendent de nombreux facteurs : taux, devises, liquidité, psychologie. Cette situation rappelle une réalité fondamentale : un actif, même réputé sûr, ne l’est jamais dans tous les contextes ni à tous les horizons.

Pour un épargnant, cela signifie qu’une stratégie patrimoniale efficace ne peut pas reposer sur un seul actif, aussi solide soit-il. La diversification, l’horizon d’investissement et l’analyse globale de l’environnement économique restent les piliers d’une approche cohérente. Ce n’est pas l’actif en lui-même qui fait la performance, mais la manière dont il est intégré dans une stratégie globale.

Alexandre JARDRI | Rédigé le 22/04/2026

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