Démembrement de propriété : transmettre, protéger et investir autrement

Anticiper une transmission, aider un proche à un moment clé de sa vie, préparer l’avenir sans déséquilibrer le présent. Le démembrement de propriété répond à ces trois enjeux à la fois. Longtemps perçu comme un simple outil d’optimisation successorale, il s’impose aujourd’hui comme une mécanique patrimoniale à part entière, capable de s’adapter à des situations très diverses.

Immobilier, placements financiers, contrats de capitalisation : le démembrement permet d’organiser un patrimoine dans le temps, avec méthode et cohérence. Encore faut-il en comprendre les principes et les usages concrets.

Comprendre le démembrement de propriété : organiser la propriété dans le temps

En droit français, la propriété peut être organisée dans le temps. Le démembrement de propriété consiste à répartir les droits sur un bien entre deux personnes.

L’usufruitier conserve le droit d’utiliser le bien et d’en percevoir les revenus : il peut occuper un logement ou en encaisser les loyers, mais aussi percevoir les revenus issus d’un placement financier (intérêts, dividendes, etc.).

Le nu-propriétaire, de son côté, détient la propriété du bien sans en avoir l’usage immédiat. Il en deviendra pleinement propriétaire au moment de l’extinction de l’usufruit, que celle-ci intervienne à l’issue d’une période déterminée (usufruit temporaire) ou au décès de l’usufruitier.

Cette organisation n’est pas une perte de droits. Elle permet au contraire de structurer un patrimoine dans la durée, en conciliant usage présent et transmission future.

Comment est évaluée la nue-propriété : un barème simple, fondé sur l’âge

L’un des grands intérêts du démembrement tient à sa valorisation fiscale, encadrée par un barème légal. Lorsqu’un bien est transmis en nue-propriété, les droits de donation ou de succession ne portent pas sur la valeur totale du bien, mais uniquement sur la valeur de cette nue-propriété.

Cette valeur dépend de l’âge de l’usufruitier au moment de la transmission. Le principe est simple : plus l’usufruitier est jeune, plus l’usufruit a de valeur, et plus la nue-propriété est fiscalement faible. À l’inverse, avec l’âge, la valeur de la nue-propriété augmente.

Ce mécanisme incite à anticiper : transmettre tôt la nue-propriété permet souvent de réduire la base taxable, tout en conservant l’usage du bien et les revenus qu’il génère.

Âge de l’usufruitierValeur de l’usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans révolus90 %10 %
Moins de 31 ans révolus80 %20 %
Moins de 41 ans révolus70 %30 %
Moins de 51 ans révolus60 %40 %
Moins de 61 ans révolus50 %50 %
Moins de 71 ans révolus40 %60 %
Moins de 81 ans révolus30 %70 %
Moins de 91 ans révolus20 %80 %
Plus de 91 ans révolus10 %90 %

Exemple : un parent de 60 ans transmet la nue-propriété d’un bien d’une valeur de 500 000 €. À cet âge, la nue-propriété vaut fiscalement 50 %, soit 250 000 €. Les droits se calculent sur cette base, et non sur la valeur totale du bien. Ensuite, au moment de l’extinction de l’usufruit, la pleine propriété se reconstitue automatiquement, sans droits supplémentaires.

Soutenir un proche sans se démunir : la donation temporaire d’usufruit

Dans de nombreuses familles, le démembrement sert à accompagner un enfant ou un proche à un moment clé : études, premier emploi, installation. Le principe est simple : les parents conservent la nue-propriété d’un bien, mais donnent temporairement l’usufruit à leur enfant.

L’enfant peut alors occuper le logement ou percevoir les revenus du bien, sans que la propriété soit transférée définitivement. Cette aide est à la fois concrète et cadrée dans le temps.

Du point de vue des parents, l’intérêt est double : ils allègent leur fiscalité puisqu’ils ne perçoivent plus les revenus pendant la durée du démembrement. Et lorsque le bien est immobilier, dans le cadre d’un démembrement temporaire, c’est l’usufruitier qui est redevable de l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI). Le nu-propriétaire, qui ne dispose ni de l’usage du bien ni des revenus qu’il génère pendant toute la durée du démembrement, n’intègre pas ce bien dans son assiette IFI jusqu’à l’extinction de l’usufruit

À la fin de la période prévue, la pleine propriété revient automatiquement au nu-propriétaire, sans formalité particulière.

Préparer sa succession avec souplesse et visibilité

Le démembrement est aussi un levier très efficace pour anticiper sa succession. Donner la nue-propriété d’un bien tout en conservant l’usufruit permet de transmettre progressivement, sans renoncer à son niveau de vie.

Fiscalement, cela réduit la base taxable puisque les droits sont calculés uniquement sur la nue-propriété. Et juridiquement, la transmission est fluide : au décès (ou à l’échéance si l’usufruit est temporaire), le nu-propriétaire devient automatiquement plein propriétaire, sans droits supplémentaires à payer.

Ce mécanisme est particulièrement utile pour protéger le conjoint survivant tout en préservant les droits des enfants, ou encore pour organiser une transmission équilibrée dans des situations familiales plus complexes.

Cas pratique : transmettre un bien et un capital tout en conservant ses revenus

Monsieur et Madame Martin, âgés de 62 et 60 ans, disposent d’un patrimoine composé d’un immeuble locatif valorisé à 900 000 € et d’un capital financier de 600 000 €, dont une partie logée dans un contrat de capitalisation. Ils ont deux enfants et souhaitent anticiper leur succession tout en conservant leurs revenus.

Ils choisissent de donner à leurs enfants la nue-propriété de l’immeuble, tout en conservant l’usufruit. Ils continuent ainsi à percevoir les loyers et à utiliser le bien comme ils l’entendent, tout en réduisant la base taxable grâce à la valorisation en nue-propriété fondée sur leur âge.

En parallèle, ils transmettent également la nue-propriété de leur contrat de capitalisation. L’intérêt ici est important : le contrat de capitalisation ne se dénoue pas au décès, ce qui permet une transmission progressive et une continuité de la gestion. Les parents conservent l’usufruit (et donc la possibilité de bénéficier des revenus selon l’organisation prévue), tandis que les enfants récupéreront la pleine propriété à l’extinction de l’usufruit.

Au final, les parents conservent leurs revenus et leur autonomie. Les enfants se voient transmettre une partie du patrimoine de façon structurée, avec une fiscalité souvent plus douce et une transmission sécurisée.

Le contrat de capitalisation : un support particulièrement adapté au démembrement

On pense spontanément à l’immobilier, mais le démembrement s’applique aussi aux actifs financiers. Le contrat de capitalisation est particulièrement intéressant dans ce cadre, car il ne se dénoue pas au décès. Il peut donc être transmis, en nue-propriété, tout en conservant un usufruit permettant de maintenir un bénéfice économique (revenus, organisation de rachats selon les règles fixées).

Dans une stratégie patrimoniale globale, il constitue souvent un complément utile : il aide à organiser une transmission financière progressive et à inscrire la gestion d’un capital dans le temps long.

Conclusion

Le démembrement de propriété est bien plus qu’un outil technique : c’est une façon d’organiser son patrimoine dans le temps. Il permet de transmettre sans se démunir, d’aider sans déséquilibrer, et d’investir sans alourdir sa fiscalité.

Pour en tirer tout le potentiel, l’essentiel est de l’inscrire dans une stratégie globale, claire et suivie dans la durée.

Alexandre JARDRI | Rédigé le 20/01/2026

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